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Maître Nse Abessolo : « Au Gabon, pour être pleinement propriétaire, il faut se battre pour avoir son titre foncier »

Maître Nse Abessolo : « Au Gabon, pour être pleinement propriétaire, il faut se battre pour avoir son titre foncier »

Le marché immobilier et foncier au Gabon suscite un intérêt majeur, mais il soulève également de nombreuses interrogations et inquiétudes quant à la sécurité des transactions. Face à la multiplication des litiges et des fausses ventes, Maître Adeline Viviane Reine Nse Abessolo, notaire à Libreville, rappelle une règle d'or : « Seul le titre foncier confère la pleine propriété. » Retour sur le rôle des acteurs clés, la valeur des actes et les étapes indispensables pour obtenir un titre inattaquable.

Les Échos de l'Éco : Concrètement, quelles sont les grandes étapes indispensables que doit suivre un acquéreur au Gabon, depuis la recherche du bien jusqu'à l'obtention définitive du titre foncier ?

Me Nse Abessolo : L'obtention d'un titre foncier au Gabon s'apparente à un véritable parcours du combattant, mais il est strictement balisé.

Lorsqu'on part d'une parcelle non immatriculée, la première démarche consiste à constituer un dossier et à se rapprocher de l'ANUTTC (Agence Nationale de l'Urbanisme, des Travaux Topographiques et du Cadastre). L'agence mandate des techniciens sur le terrain pour procéder aux relevés topographiques, à l'établissement des fiches d'identification et à la pose des bornes. Une fois ces éléments enregistrés dans leur système, l'ANUTTC attribue des références cadastrales et délivre les premiers actes, notamment la décision définitive.

Une fois le dossier technique consolidé et les droits de cession payés à l'État, une réquisition d'immatriculation est introduite auprès de la Conservation Foncière. S'enclenche alors une phase d'affichage et de publicité légale : publication d'un avis d'affichage avec un délai d'opposition de 15 jours, parution dans le journal L'Union puis au Journal Officiel. À l'issue de ces publications et en l'absence de litige, le Conservateur saisit le tribunal pour obtenir l'ordonnance de création du titre foncier. Ce n'est qu'à la signature de ce titre par la Conservation que l'acquéreur devient pleinement propriétaire.

À quel moment précis du processus l'acheteur doit-il impérativement saisir le notaire, et quelles garanties légales votre intervention apporte-t-elle à l'opération ?

L'idéal est de consulter le notaire dès le départ, avant même de procéder au moindre versement d'argent. Le notaire intervient comme un tiers de confiance et un bouclier juridique. Sa mission première est d'effectuer toutes les vérifications d'usage : il écrit à la Conservation Foncière pour vérifier l'existence réelle du titre foncier au livre foncier, l'identité des véritables propriétaires et l'absence de charges ou d'hypothèques. Si le bien ne dispose pas encore de titre foncier, le notaire assure un rôle d'accompagnement direct auprès de l'ANUTTC, du Cadastre et des autorités administratives pour piloter la régularisation. Par sa responsabilité professionnelle, il sécurise l'opération pour éviter que l'acquéreur soit spolié.

Entre décret d'attribution, attestation coutumière et titre foncier, les acquéreurs s'y perdent souvent. Quelle est la valeur réelle de ces différents documents ?

Au Gabon, il est essentiel d'apporter des distinctions juridiques très claires entre les différents statuts fonciers. Le titre foncier constitue le seul et unique document qui confère la pleine propriété immobilière ; sa vérification s'effectue exclusivement auprès de la Conservation Foncière. Le décret d'attribution (ou décision définitive), délivré par l'ANUTTC, s'inscrit dans la procédure de régularisation, mais ne fait en aucun cas de son détenteur un propriétaire foncier : il s'agit d'un simple droit d'occupation accordé par l'État, assorti généralement d'une obligation de valoriser le terrain sous deux ans avant de pouvoir prétendre à la réquisition d'immatriculation.

Concernant le droit d'usage coutumier, il faut savoir qu'il n'existe pas en droit gabonais au sens d'un titre de propriété opposable. La terre appartenant exclusivement à l'État, les transactions dites « coutumières » ou fondées sur des occupations ancestrales ne reposent sur aucun fondement légal tant que la parcelle n'a pas été immatriculée par les autorités compétentes.

Quels sont les risques ou litiges récurrents dans le domaine immobilier au Gabon, et quels documents juridiques faut-il exiger avant d'effectuer le moindre versement ?

Les litiges les plus fréquents découlent des ventes illicites basées sur le prétendu droit coutumier, mais aussi des chevauchements de parcelles ou des attributions multiples sur un même site (notamment lors de lotissements mal formalisés dans les bases de données). Il faut être très vigilant : les attestations de vente signées par les chefs de quartier ne valent plus rien juridiquement. Les autorités foncières leur ont retiré cette prérogative en raison des nombreux abus et faux documents générés. Avant de verser le moindre centime, l'acquéreur doit exiger la preuve documentaire de l'existant : un extrait de plan cadastral à jour, l'attestation de réservation ou la décision de l'ANUTTC, ou idéalement la copie du titre foncier avec le certificat de propriété délivré par la Conservation Foncière.

On associe souvent les services notariaux à une élite ou à des budgets élevés. Le « Gabonais ordinaire » peut-il pousser la porte d'une étude notariale pour s'informer, et quelles sont les modalités de cette démarche préalable ?

C'est un préjugé qu'il faut absolument déconstruire. Les études notariales sont accessibles à tous les citoyens. Consulter un notaire en amont d'un projet d'achat permet précisément d'éviter d'investir les économies de toute une vie dans un bien litigieux. Les frais de premier conseil ou d'analyse d'un dossier sont dérisoires en comparaison des sommes financières et du stress générés par un litige foncier devant les tribunaux. Le notaire est un service public de la preuve et de la sécurité juridique à la portée de chaque Gabonais.

Au-delà du coût propre du bien ou du terrain, quels sont les frais accessoires (droits d'enregistrement, honoraires, taxes) à intégrer dans le budget d'acquisition ?

L'achat d'un terrain ne se limite pas au prix versé au vendeur. L'acquéreur doit en effet anticiper plusieurs frais annexes, à commencer par les frais techniques du Cadastre et de l'ANUTTC, nécessaires pour le bornage, la constitution du dossier technique et l'émission des plans cadastraux. Il faut également prévoir les droits de cession et les taxes domaniales, qui correspondent aux redevances dues à l'État pour l'attribution ou le transfert de la parcelle. À cela s'ajoutent les frais de Conservation Foncière et de publication, qui couvrent les taxes d'immatriculation ainsi que le coût des insertions légales dans le Journal Officiel et le quotidien L'Union.

Enfin, il convient d'intégrer les frais d'acte notarié, lesquels regroupent les honoraires réglementés du notaire, les droits d'enregistrement perçus par l'administration fiscale et les divers débours engagés pour l'obtention des pièces administratives.

Quel message ou conseil fondamental souhaiteriez-vous adresser à un citoyen qui aspire à devenir propriétaire au Gabon aujourd'hui ?

Le conseil central est la prudence et le respect des voies légales. Ne cédez pas à la précipitation ni aux promesses d'intermédiaires informels sous prétexte que le terrain est « abordable ». N'effectuez aucun versement d'argent à un vendeur sans avoir consulté un notaire au préalable pour vérifier la faisabilité de l'immatriculation et engagez la procédure dans les règles. N'achetez pas un papier signé sur le coin d'une table par un chef de quartier. Si vous voulez bâtir en toute sérénité et transmettre un patrimoine garanti à vos enfants, engagez la démarche de régularisation administrative et faites-vous accompagner dès le départ. Au Gabon, le véritable titre de propriété, c'est le titre foncier !

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